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Vous voici à la tête d'une entreprise florissante depuis presque cent ans. Comment expliquez-vous ce succès ?

Par la qualité du produit, tout simplement ! Tenue et confort, coupe des semelles, assemblage des lanières et de l'entre-doigt, montage... tout doit être parfait. C'est pour cela que nos clients reviennent, et conseillent la maison à leurs amis. Nous essayons aussi de les guider au mieux : tel modèle ira à telle personne mais pas à telle autre...

Il ne faut pas vendre n'importe quoi et n'importe comment, juste pour vendre. Lorsque nous formons des vendeurs ou vendeuses, nous leur expliquons par exemple comment parfaitement positionner le pied de la cliente dans la paire de sandales qu'elle vient acheter, comment placer la lanière qui enlace la cheville... et même sur notre boutique en ligne, la partie qui aide les clients à choisir la bonne pointure est très développée, avec toutes les mesures à prendre - et comment les prendre correctement - pour que la chaussure soit une réussite au pied de celle ou de celui qui la porte.

Cela passe aussi par le choix des matériaux...

Oui : chez nous, le cuir est tanné pendant pas moins de dix-huit mois, à l'aide de tannages végétaux extra-lents. Puis, il est bouilli toute une semaine, ce qui permet de le coudre tout en conservant sa solidité. Ainsi, le matériau est également très stable à la transpiration. Et nous cousons évidemment à l'aide de vrais points selliers, des points très résistants réalisés avec deux aiguilles, où l'on entrelace les fils, avec des noeuds cachés dans l'épaisseur, d'une manière qui évite aussi le déchirement du cuir. Et les peaux que nous utilisons proviennent des mêmes tanneries que celles des célèbres Weston...

Pas de cuirs végétaux ?

Des... quoi ? (rires) Non. Vachette, veau et chevreau pleine fleur, et un peu de reptiles. Je sais bien qu'il y a une tendance "?vegan?", mais ici, les seuls végétaux que nous utilisons, ce sont les produits de tannage... Nous ne cherchons pas à être à la mode à tout prix !

Combien de temps faut-il pour obtenir une paire ?

Quatre jours. Autrefois, c'était quinze, car nous étions moins nombreux. Maintenant, nous avons transformé l'appartement de l'étage en annexe de l'atelier, donc nous avons pu nous agrandir. Nous assurons aussi le sur-mesure et la réparation, quand c'est possible. En revanche, les trois générations de Rondini n'ont jamais sacrifié à la grande série et au commerce de masse... et c'est sans doute la raison pour laquelle, chaque été, les amateurs font toujours la queue devant la vitrine.

Et sans doute est-ce aussi parce qu'ils voient bien que nous fabriquons nous-mêmes, et sur place : dans le bruit des machines de l'arrière-boutique, vous trouverez une douzaine de personnes, et jusqu'à vingt en saison : Alisson, Sophie, Xavier, Christelle, Imen, Éric, Georges, et puis mes filles, mon épouse ou moi-même.

Ouvrirez-vous d'autres magasins ?

Non. Pourquoi serions-nous distribués ailleurs ? Ou, encore pire, mélangés avec d'autres produits dans des magasins multimarques ? À part peut-être une apparition éphémère ici où là, Rondini, c'est 18 rue Georges-Clemenceau, à Saint-Tropez. Si vous voulez voir la boutique, il faut venir !

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Frédéric Villier

Julien van der Feer,<br/>rédacteur en chef Julien van der Feer,
rédacteur en chef

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