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Euro 2016 : la grogne des commerçants face à l'interdiction de vente d'alcool

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Pour limiter les débordements de supporters, la vente d'alcool à emporter est interdite dans les zones à proximité des lieux de festivités durant l'Euro 2016. À Paris, les restaurateurs et commerçants s'adaptent tant bien que mal. Reportage.

Le Parc des Princes à Paris avant le match Portugal-Autriche, le 18 juin 2016.

© Flickr/gego2605

Le Parc des Princes à Paris avant le match Portugal-Autriche, le 18 juin 2016.

À quelques minutes du coup d'envoi du huitième de finale opposant l'Italie à l'Espagne lundi 27 juin 2016, les supporters des deux camps convergent vers la fan zone du Champ-de-Mars. Dans les rues adjacentes, l'atmosphère, bon enfant malgré la pluie, ne fait pas oublier l'interdiction de vente d'alcool à emporter décidée quelques jours après le début de la compétition.

Les bars de l'avenue de la Motte-Picquet se remplissent peu à peu alors que les chants italiens se mêlent à l'accent ibérique. Si l'affiche n'est pas classée à risque par la préfecture, il n'est pas question pour les restaurateurs de faire de vente à emporter. Au café Le Zinc, Chloé, serveuse, dit comprendre l'interdiction de la vente à emporter mais regrette la fermeture administrative obligatoire instaurée par la préfecture à minuit certains jours de matchs. "En temps normal, nous sommes ouverts jusqu'à 2 heures du matin, c'est un coup dur pour l'activité", explique-t-elle.

Pour compenser, l'Euro 2016 apporte malgré tout un surplus d'activité aux bars de la rue de la Motte-Picquet. "Ça représente forcément un manque à gagner mais on se rattrape avec les supporters qui viennent en journée et en soirée", poursuit-elle.

Une situation dont les supporters s'accommodent, à l'inverse de certains commerçants, plus critiques. À deux pas de la fan zone, Marc Gauchet, directeur du supermarché G2O de la rue Saint-Dominique s'emporte : "c'est un événement de merde (sic). Ça se passe très mal. Nous sommes obligés de filtrer à l'entrée les clients en faisant du délit de faciès", peste-t-il précisant que "la perte économique est énorme. Aujourd'hui, je suis en perte d'activité alors qu'on avait recruté pour faire face à l'augmentation de la fréquentation".

L'interdiction, qui n'a pas été anticipée en amont entre les pouvoirs publics et les commerçants passe difficilement. "Nous n'avons eu aucune communication avec la préfecture. Le 16 juillet, des policiers sont venus me notifier l'arrêté d'interdiction. Le lendemain, une personne située en face prenait des photos pour prouver s'il y avait vente d'alcool", explique le gérant du supermarché, énervé.

Fan-zone du Champ-de-Mars à Paris

Mais bien plus que l'interdiction, c'est la manière dont a été géré le fonctionnement de la fan zone avec les alentours qui pose problème. "Les supporters sortent de la fan zone avec leur bière achetée aux stands à l'intérieur. Là visiblement ça ne pose de problèmes à personne. Quand c'est nous qui vendons, on est verbalisé", conteste-t-il, alors qu'il a fait l'objet d'une verbalisation.

Si un large périmètre autour du Champ-de-Mars est concerné par ces mesures, les supporters ont trouvé la parade. S'éloigner d'une centaine de mètres pour aller faire leurs emplettes avant le match dans des supermarchés voisins non concernés par l'arrêté. "Incompréhensible" pour Marc Gauchet.

"C'est un gros manque à gagner"

Du côté de la porte de Saint Cloud, la situation fait également grincer des dents. Alors que le Parc des Princes a accueilli son dernier match deux jours plus tôt, les restaurateurs installés autour de la place sont remontés contre la décision de la Préfecture de police de Paris de règlementer l'usage des terrasses.

Gérard Guilleau, maître d'hôtel au restaurant Le Cardinal explique : "on ne comprend pas cette décision. La police est venue nous voir en expliquant qu'il était interdit de servir sur la terrasse et nous ont demandé de tout plier".

L'arrêté du 14 juin 2016 régit en effet l'interdiction de vaisselle sur les terrasses dans toute la zone autour du stade parisien. Un coup dur pour certains bars et restaurants qui pensaient pouvoir profiter de la compétition pour refaire leur trésorerie. "C'est un gros manque à gagner pour nous. La terrasse agit comme un appel pour les clients. S'il n'y a rien, les gens s'en vont", regrette-t-il.

À quelques pas de là, au restaurant Les Fontaines, la fête n'a pas été aussi réussie qu'espérée. "Ça a été compliqué à gérer explique Chloé, une des gérantes. On a respecté l'interdiction pour le dernier match au Parc des Princes mais on ne peut plus travailler. Vous imaginez qu'on ne pouvait pas servir une bouteille de vin". Une situation que les clients n'apprécient pas toujours. "Ils sont mécontents mais ils comprennent, ils ont vu ce qu'il s'était passé à Marseille", ajoute-t-elle précisant qu'il n'y avait eu "aucun débordement" dans le quartier.

Pour autant, certains restaurateurs du quartier ont eu plus de chance. Alors que la terrasse se remplit peu à peu sous les images de l'avant match Italie-Espagne, Romaric, directeur de la restauration aux Trois Obus confie que l'Euro s'est bien déroulé : "on avait anticipé notre organisation en remplaçant nos tables par des mange-debout. Et les barmans ne servaient les bières que dans des verres en plastique". Une préparation qui a convaincu tout le monde, supporters compris. "On a essayé de contenter tout le monde. L'objectif était de bien accueillir les supporters. Avec du recul, je pense qu'ils étaient contents, certains sont même revenus plusieurs fois", précise Romaric.

Et le responsable de la brasserie d'anticiper déjà la reprise du championnat en France avec cette configuration pour les matchs du Paris Saint-Germain.