Mon compte Devenir membre Newsletters

Travail dominical : quelles conséquences pour le commerce de proximité ?

Publié le par

Dimanche chômé ou travaillé ? La question se pose dans de nombreux commerces du territoire, depuis la libéralisation du travail dominical en 2015. Casse-tête pour les dirigeants dans sa mise en oeuvre, l'ouverture des magasins le dimanche semble satisfaire les commerçants convertis.

Travail dominical : quelles conséquences pour le commerce de proximité ?

Créer davantage d'emploi et répondre à la demande des clients, "qui consomment aussi le dimanche". Tels étaient les objectifs défendus par l'ancien ministre de l'Économie, Emmanuel Macron, lors de la présentation de la mesure du travail dominical en 2014. La loi du 6 août 2015 formalise la création de zones touristiques internationales (ZTI) et de zones commerciales (ZC), ouvertes tous les dimanches et fait passer, de cinq à douze, le nombre de dimanches du maire.

Si les commerces alimentaires bénéficiaient déjà de la possibilité d'ouvrir le dimanche matin, les commerçants convertis profitent de cette opportunité comme d'un atout pour attirer de nouveaux prospects et proposer un nouveau service à leurs clients.

Directeur d'une boutique de prêt-à-porter dans le centre de Vannes, Arnaud Laurette s'y est attelé rapidement. Pour le gérant, il était "évident" de proposer ce service supplémentaire à ses clients. "On a joué le jeu sur une grande amplitude horaire de mai à août l'année dernière, explique-t-il. On le refera cette année parce que c'est l'avenir. Il faut pouvoir offrir à nos clients des horaires élargis".

Un constat partagé par Sylvie Sabary, gérante d'un magasin de cadeaux dans le quartier Saint-Jean, situé en zone touristique à Lyon. "Installés dans un quartier très passant, nous ouvrons tous les jours de la semaine. Le dimanche est un des jours les plus importants tant au niveau de l'affluence que du chiffre d'affaires, c'est même souvent supérieur", explique-t-elle. Et de préciser que "les clients ont bien intégré le fait que nous étions ouverts ce jour-là. Ils en profitent quand ils se baladent et sont contents de nous trouver."

Un écho similaire résonne à l'Éternel Retour, une libraire du XVIIIe arrondissement de Paris. Julien Lassire ouvre tous les dimanches de 15h à 20h et y voit un avantage certain : "c'est le deuxième meilleur jour de la semaine pour nous, après le vendredi. L'intérêt d'ouvrir ce jour-là est d'attirer une clientèle différente du reste de la semaine avec des touristes et passants qui sont de passage sur la butte Montmartre".

Une organisation contraignante

Si la satisfaction prime chez ces commerçants, ils relèvent néanmoins que sa mise en place n'est pas des plus aisées. En cause : les compensations salariales, mais surtout les difficultés d'organisation. "C'est extrêmement de contraintes au niveau du planning entre les jours de repos compensatoires et les rotations", avoue Arnaud Laurette.

L'activité de la boutique de vêtements est assurée par deux salariés volontaires en rotation. "Ils sont bien sûr payés davantage, le salaire horaire est triplé pour les CDD et doublé pour les CDI", précise-t-il.

De son côté, Sylvie Sabary relève qu'elle a dû embaucher afin de pouvoir faciliter l'organisation de l'activité. "Nous avons trois équivalents temps plein auxquels nous avons ajouté deux mi-temps pour ouvrir le dimanche. Ça nous permet de faire un roulement entre les salariés".

La responsable explique, malgré tout, que l'organisation reste compliquée. "Il faut faire avec ceux qui ne souhaitent pas travailler pour des raisons familiales. Mais, ils ne sont pas tous contre puisqu'ils gagnent davantage". Ses salariés disposent, en effet, d'une rémunération majorée de 50 % le dimanche. "C'est aussi un gain de pouvoir d'achat", ajoute-t-elle.

Besoin d'une "dynamique collective"

Au-delà de la mise en place du dispositif, tous insistent sur le besoin d'avoir une harmonie entre commerçants. "L'activité dominicale dépend surtout de l'activité dans le quartier", note Sylvie Sabary. "Ça crée une émulsion qui attire les prospects. Nous ne sommes pas les seuls ouverts, il y a une dynamique collective qui renforce l'attractivité du quartier", confirme, pour sa part Julien Lassire.

À Vannes, Arnaud Laurette déplore le manque d'unité parmi les commerçants de la rue. "Au départ, de nombreux commerces étaient prêts à jouer le jeu mais ça n'a pas été le cas. Forcément, on attire moins que si tout était ouvert. Le gain de CA a été réel sur les seize dimanches mais encore faut-il que les gens le sachent. Tant que les boutiques voisines ne prendront pas le pli d'ouvrir le dimanche, ce sera plus compliqué pour nous".

Un bilan mitigé

Portant, deux ans après, si certains commerçants ouvrent désormais, l'impact reste mesuré. Seuls 12 % des commerces parisiens ouvrent le dimanche depuis la mise en place des ZTI, d'après une étude de l'Observatoire du commerce.

Un premier bilan nuancé, confirmé par l'évolution des ouvertures dominicales enregistrées après la mise en place de la mesure. La part de commerces parisiens situés en ZTI ouverts tous les dimanches a augmenté de 3,3 points, passant de 17,5 % à 20,8 %. Mais le travail dominical ne s'est pas pour autant généralisé. À Paris, hors ZTI, cette part ne progresse que de 0,6 point.

Francis Palombi, président de la Confédération des commerçants de France, estime qu'"hormis quelques commerces des ZTI de la capitale, le travail du dimanche ne s'est que très peu accru. La libéralisation du travail dominical chez les petits commerçants n'est suivie que ponctuellement et partiellement".

Et les inconvénients signalés pénalisent davantage les TPE, selon Francis Palombi. "C'est très difficile d'adapter ces règles pour les commerces avec un ou deux salariés, encore plus lorsque ces commerçants sont situés dans un centre-commercial qui les oblige, bien souvent, à ouvrir", assure-t-il.

D'autre part, le risque réside également dans un renforcement du recul des commerces de proximité, selon l'Apur, l'atelier parisien d'urbanisme. "La perspective d'une extension des ouvertures dominicales des magasins paraît susceptible d'accélérer les mutations en faveur d'un commerce dominé par les réseaux d'enseigne au détriment du commerce indépendant et du commerce de proximité", écrivent ses analystes.

Et Francis Palombi de conclure : "ce n'est pas parce qu'il y a une loi qui a libéralisé tout le système que ça fonctionne !"

"Le dimanche est notre second meilleur jour"

Dirigeante de la maison de thé Neo.T. à Montmartre, Valérie Stalport a pris le pli d'ouvrir tous les dimanches de l'année. "J'ai remarqué que l'activité dans le quartier était très dense le week-end, notamment les dimanches. C'était évident d'ouvrir, explique-t-elle. La rue est piétonne le dimanche, donc nous ouvrons de 15h à 19h et c'est très animé. Nous réalisons notre second meilleur jour, après le samedi, en seulement quatre heures". Pour l'occasion, la dirigeante a embauché une salariée à mi-temps, qu'elle rémunère davantage.

Autre avantage, la loi Macron a étendu l'ancienne zone d'affluence touristique de Montmartre existante à une partie de la rue des Martyrs où elle s'est installée il y dix ans. Une avancée qui a permis aux enseignes voisines d'ouvrir et de "créer une dynamique globale. Les touristes ou les habitants du quartier savent qu'ils trouveront des commerces ouverts aussi le dimanche".

Repères :
Raison sociale : SARL Neo T
Activité : Commerce de détail, maison de thé, salon de thé
Ville : Paris (XVIIIe arrondissement)
Date de création : 2007
Dirigeante : Valérie Stalport, 53 ans
Effectif : 2 salariés (1 ETP et 1 MT)
CA 16 : NC