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SOS, j'ai des travaux dans ma rue!

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C'est le mot qui revient dans la bouche des commerçants qui doivent composer avec des travaux dans leur rue. Une gêne qui menace l'activité des entreprises. Quelques astuces et mesures d'accompagnement pour soutenir votre point de vente pendant cette période de turbulences.

Lorsque les travaux sur la voie publique empêchent l'accès à votre boutique, vos clients risquent de ne plus se déplacer.

Lorsque les travaux sur la voie publique empêchent l'accès à votre boutique, vos clients risquent de ne plus se déplacer.

Il a déclaré la guerre aux travaux. Il, c'est Frédéric Brasilès, photographe à Toulouse. Son combat, le commerçant le mène depuis 2010, date à laquelle le projet du tramway dans la ville rose a été rendu public. Il a ainsi créé une organisation, l'Apat (l'Association pour un autre tracé) qui regroupe 25 000 sympathisants et commerçants. «Les adhérents sont mécontents car ils n'ont pas été concertés, ni informés. Ce projet met en danger les commerces de proximité et les emplois », s'insurge le photographe. La boutique de Frédéric Brasilès n'est ni accessible en voiture, ni visible, des échafaudages cachant l'enseigne de son point de vente. «Auparavant, 30000 voitures passaient devant ma porte chaque jour! Mais, depuis que les artères principales ont été fermées, l'activité de ma boutique a nettement chuté. Mes pertes ont été estimées à 7000 euros par un expert du tribunal administratif, mais je n'ai pour l'instant obtenu que 210 euros de dommages et intérêt», poursuit-il.

L'exemple de Frédéric Brasilès est symptomatique. La grogne des commerçants gagne de nombreuses villes de l'Hexagone. «Le problème, en effet, est généralisé. De plus en plus de métropoles se modernisent et réalisent des chantiers lourds, comme la mise en place de lignes de tramways qui durent souvent plusieurs années », explique Gérald Barbier, vice-président de la CCIP et auteur d'un rapport, en 2010, sur l'accompagnement des entreprises impactées par des travaux d'aménagement urbain. Pour éviter ces mécontentements, les mairies, les chambres consulaires et les maîtres d'ouvrage s'efforcent d'organiser des concertations en amont. Le but étant de convier les commerçants à des réunions et de les alerter sur les changements à venir. «Ils peuvent ainsi s'organiser et se rapprocher, six mois avant le début du chantier, des services des impôts, du RSI ou encore de l'Urssaf pour négocier des délais de paiements », explique Gérald Barbier (CCIP). Dans ce cas, il semble souhaitable de solliciter le plus rapidement possible les principaux établissements bancaires pour les informer de l'impact prévisible des travaux sur votre commerce. Les CCI jouent ainsi un rôle central. Elles peuvent vous aider à prospecter de nouveaux clients, comme l'a fait la CCI de Seine-et-Marne. Elle a recherché un emplacement sur un marché pour un boucher pendant la période des travaux. Tout comme la CCI du Val-d'Oise pour un commerce de prêt-à-porter. Les chambres consulaires peuvent, par ailleurs, organiser des animations ainsi que des journées portes ouvertes. L'objectif? Créer une dynamique commerciale pendant les travaux et tenter de conserver sa clientèle.

Se regrouper pour être écouté

Autre astuce: pour donner plus de portée à votre action, regroupez-vous en association. Vous aurez ainsi plus de chance d'amorcer un dialogue constructif avec les élus. Pour Yann Kernarrec, président de l'Union des commerçants et artisans de Lesneven et du Folgoët (Ucalef), basée en Bretagne, la présence d'une association est, en effet, impérative. « En apprenant l'existence d'un chantier de modernisation de notre centre-ville, nous avons décidé de nous regrouper pour obtenir une suspension des travaux pendant la période des fêtes de Noël, et la période estivale, qui représentent souvent 50 à 60 % du chiffre d'affaires des commerces », se satisfait Yann Kernarrec, le président de l'Ucalef qui rassemble 60 adhérents. S'il n'existe pas d'association ou si celle qui existe est en sommeil, il est conseillé d'en créer une pour la période des travaux. « Elle joue, pendant toute la durée des travaux, un rôle important de relais, d'expression des besoins, d'animation et pourra être consultée sur diverses problématiques économiques. Et notamment si vous sollicitez une demande d'indemnisation auprès de la commission de règlement à l'amiable (CRA) », poursuit Gérald Barbier (CCIP). La procédure d'indemnisation est en effet rigoureuse. Les commissions étudient les dossiers qui justifient au minimum d'une perte de 10 % des revenus. Les dédommagements sont calculés sur la perte de chiffre d'affaires et les préjudices directement liés au déroulement des travaux. Il est donc primordial de fournir vos deux derniers bilans, ainsi que le nouveau. Les comptables ou les CCI peuvent vous aider à monter votre dossier. Toutefois, si votre requête est retoquée par la commission, vous pouvez en déposer une nouvelle l'année suivante. « Si la décision de la commission de règlement à l'amiable ne satisfait pas le commerçant, il peut déposer un recours auprès du tribunal administratif », poursuit Gérald Barbier (CCIP).

Ajuster ses stocks

Autre solution: il est préconisé d'anticiper vos achats en fonction des prévisions de ventes, qui peuvent à certaines périodes de travaux se réduire de façon importante. Cela concerne donc une gestion des stocks plus affinée, afin de ne pas trop acheter au risque d'engendrer des problèmes de trésorerie. Pour limiter la casse, l'anticipation et la gestion des prises de congés du personnel peuvent aussi être envisagées en fonction des dates du chantier, ou de l'intensité des travaux dans une rue ou un quartier. En dernier ressort, le recours au chômage partiel constitue également une solution potentielle. Différentes méthodes existent pour maintenir le cap. Mais n'oubliez pas un point important: ces chantiers de modernisation et ces nouveaux aménagements vous procureront, à terme, des retombées positives. Pensez à l'avenir.

FINANCE

Sollicitez un prêt bonifié pour renforcer votre trésorerie


Pour éviter une chute vertigineuse de votre chiffre d'affaires pendant les travaux, un dispositif de prêts bonifiés a été mis en place et signé par certaines CCI et Chambre de métiers, Oséo et six banques. Ce dispositif concerne les entreprises directement impactées, mais aussi celles situées dans un périmètre plus large qui subissent des modifications de circulations ou une désaffection de la clientèle induites par les travaux. Il s'agit aussi de responsabiliser le chef d'entreprise pour lui permettre, avec l'appui de son expert-comptable et des organismes consulaires, de démontrer qu'il peut surmonter cette période difficile. Les demandes doivent toutefois impérativement être déposées avant le démarrage des travaux.

ZOOM SUR

Le Fisac, pour promouvoir votre commerce


Le Fisac (Fonds d'intervention pour les services, l'artisanat et le commerce) permet de financer des opérations d'accompagnement et de soutien aux entreprises touchées par des travaux publics. Concrètement, il permet la création d'animations commerciales génératrices de flux et de fidélisation de la clientèle. La collectivité brestoise a, par exemple, choisi de mettre à disposition des associations de commerçants une enveloppe annuelle de 100 000 euros gérée par la CCI de Brest pour mener des actions collectives. Le Fisac comprend également des mesures qui peuvent permettre d'anticiper l'arrivée du tramway et de profiter de son «effet levier» sur les activités. Il propose notamment la mise en place d'une démarche qualité qui dotera les établissements commerciaux, situés sur le tracé, d'une véritable stratégie de promotion et de développement


Source: CCIP

Yann Kernarrec, président de l'Ucalef

«Nous avons obtenu une suspension des travaux pendant les fêtes de Noël et la période estivale, qui représentent jusqu'à 60 % du CA des commerces.»