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Au bonheur des dames

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Jacqueline Jean-Riclan n'a jamais modifié le commerce de tissu au mètre inauguré par sa mère, en 1947. Plus de 60 ans plus tard, âgée de près de 90 ans, elle fait figure d'exception au coeur du Triangle d or parisien.

Depuis 1947, date de son ouverture, le magasin d étoffes Jean Riclan n'a pas bougé d un pouce. «Pourquoi changer?, s interroge sa propriétaire, Jacqueline Jean-Riclan, d une voie haut perchée. Les clients viennent pour trouver cela», dit-elle en balayant de la main l'antique décor. Seule concession? La modernisation de l'éclairage en 2005. Avec ses boiseries précieuses, son carrelage à l'ancienne et ses rayonnages d'un autre temps, le point de vente est le dernier indépendant d un quartier passé aux mains des grandes enseignes. Elles ont peu à peu remplacé les grossistes et détaillants de tissu, nombreux, après-guerre, à proximité des Champs-Elysées. D'ailleurs, chaque semaine, la commerçante reçoit une proposition de rachat pour sa boutique. Mais sa réaction est à l'image du magasin: immuable. «Ca me fait rire, on veut me voir disparaître», s'amuse-t-elle, consciente de faire figure d'exception.

Jacqueline Jean-Riclan Gérante d'un magasin de tissu au mètre

«j'ai plaisir à rester pour les femmes qui aiment s'habiller.»

Une vie au milieu des tissus

Et les acheteurs peuvent toujours attendre, la dame n'est pas près de quitter son tabouret. Issue d'une longue lignée de tailleurs normands, elle a toujours baigné dans les coupons de tissu. Sa mère, qui ne faisait pas partie de cet univers, a aussi mis la main à l'ouvrage pour aider son époux. Après le décès de ce dernier, elle ouvre le magasin Jean Riclan, aidée de ses filles jumelles. «On n'avait pas besoin de stock à l'époque. Quand une cliente expliquait ce quelle voulait, ma soeur et moi courions chez les grossistes voisins acheter la marchandise. C'était une époque fabuleuse.» Emue d'évoquer sa mère et sa soeur, disparues depuis, elle s'épanche: «C'est le magasin qui m'a tenue en vie». Aujourd'hui, à près de 90 ans, Jacqueline Jean-Riclan travaille toujours cinq jours par semaine, seule, de 10 à 19 heures, sans même imaginer prendre sa retraite. «J'ai plaisir à rester pour les femmes qui aiment s'habiller.» Et le choix est large: tartans d'Ecosse, soies d'Italie, mousselines et broderies s'empilent littéralement jusqu'au plafond de l'étroite boutique. Intarissable sur leur qualité, la commerçante n'y résiste pas non plus. Elle n'a jamais porté de pantalon, préférant les robes sur mesure, «plus pratiques pour travailler». Jamais mariée, la vieille dame respectable n'a jamais eu d'enfant. Seule infidélité à son magasin: la chorale. «Voilà comment on passe une vie», conclut-elle.

Bio

> 1947 Ouverture du magasin Jean Riclan.
> 1955 Elle commence à travailler à la boutique avec sa mère.
> 1964 A la disparition de sa mère, elle reprend le magasin avec sa soeur jumelle.
> 1979 Après le décès de sa soeur, elle devient p-dg de la société.